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 Portraits de femmes engagées dans l’ESS : interview de Laurence Falkenstein

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« Il faut changer l’éducation des garçons, et repenser nos rapports à la compétition et à la domination” 

En ce mois de mars, nous mettons en lumière des femmes qui entreprennent dans l’économie sociale et solidaire en Bretagne. Aujourd’hui, nous donnons la parole à une femme aux multiples casquettes, engagée politiquement et professionnellement dans l’ESS : Laurence Falkenstein, administratrice au bureau de la Cress Bretagne, co-directrice de la coopérative d’activités et d’emplois Avant-Premières et trésorière du Pôle de développement de l’ESS du pays de Saint-Brieuc

Parcours  

Comment êtes-vous entrée dans l’ESS ? 

« J’ai orienté mes études vers l’économie sociale et solidaire. Très vite, j’ai voulu un emploi qui ait du sens pour moi. Depuis que j’ai rejoint la coopérative Avant Premières, j’y ai évolué progressivement. » 

 

Avez-vous rencontré des obstacles en tant que femme ? 

« Je n’ai pas l’impression d’avoir rencontré des obstacles spécifiquement parce que j’étais une femme. La maternité soulève cependant des enjeux particuliers, et vient questionner sa place dans l’entreprise et dans la famille. L’âge où l’on commence à avoir des enfants correspond souvent à l’âge où l’on prend des responsabilités professionnelles. Concilier vie personnelle et professionnelle est un vrai défi à ce moment-là. » 

 

De quoi êtes-vous la plus fière dans votre parcours ? 

« D’avoir pris des responsabilités tôt : je suis devenue co-directrice de ma structure à 30 ans, sans beaucoup de modèles féminins de mon âge en poste de direction.  

Je suis aussi fière d’occuper aussi une place politique. C’est d’ailleurs là où des axes de progrès existent aujourd’hui pour la place des femmes, afin qu’elles soient plus présentes dans la gouvernance des structures et dans la politique au sens large. »

 

Place des femmes dans l’ESS 

Quelle place occupent les femmes dans l’économie sociale et solidaire (ESS) aujourd’hui selon vous ? Avez-vous observé des évolutions depuis le début de votre parcours ? 

« Je dirais que les femmes occupent une place comparable dans l’ESS à celle qu’elles ont dans la société. Il y a sans doute des avancées dans certains secteurs de l’ESS, mais il reste encore beaucoup de progrès à faire. Je constate des évolutions, mais je pense qu’elles sont aussi liées à la société, aux changements sur le rapport au travail. Par exemple, dans mon secteur d'activité, il n’y a quasiment plus de réunions le soir. Il y a encore 15 ans, c'était très habituel, on démarrait les réunions à partir de 18h, ce qui n'était pas compatible avec la vie de famille. » 

 

Quels sont les principaux défis pour les femmes entrepreneures dans l’ESS ? 

« Il y a des enjeux sur les femmes et l'entrepreneuriat qui sont encore très forts. Beaucoup de femmes doutent de leur légitimité et de leur expertise dans le domaine technique qu’elles occupent. L’ambition économique est aussi un sujet. On constate que beaucoup de femmes facturent moins cher que ne pourrait le faire un homme sur le même secteur d'activité. Ces questions sont très liées à des sentiments d’imposture que certaines femmes peuvent éprouver. » 

 

Les femmes sont-elles plus exposées à la précarité ? 

« Oui, surtout dans l’entrepreneuriat qui peut être une rupture professionnelle et économique. Le démarrage d’une activité implique souvent l’absence de revenus. Ce qu'on a pu constater dans la coopérative, c'est que les femmes peuvent être soumises à des pressions familiales plus importantes que des hommes pour démarrer vite leur activité. Pour un homme, la solidarité familiale lui laisse souvent plus de temps pour mettre en place son projet.  

On sait aussi que les femmes occupent plus de temps partiel, choisis ou subis. Ce sont des chiffres que l'on ne retrouve pas seulement dans l'économie sociale et solidaire (ESS). Cela impacte les cotisations sociales et la retraite. Cette précarité économique peut suivre tout le parcours professionnel des femmes. » 

 

Les femmes doivent-elles encore prouver davantage que les hommes ? 

« Peut-être qu’elles se sentent obligées de faire plus, car elles sont souvent éduquées pour être performantes à la maison comme au travail. Mais dans mon environnement professionnel, je n’ai pas le sentiment qu’on demande aux femmes de prouver plus que les hommes. »

 

Projections 

Comment voyez-vous la place des femmes dans l’ESS dans 10 à 20 ans ? 

« C’est difficile à dire, car la société et l’environnement politique et économique évoluent vite. Ce qui me tient à cœur, c’est de développer des structures avec une vraie démocratie interne et un rapport différent à l’argent et à comment on le réinvestit dans les structures. Je souhaite aussi voir plus de femmes occuper des postes à responsabilités. » 

 

Quelles seraient vos priorités pour améliorer la sécurité et le respect au travail ? 

« Changer l’éducation des garçons, pour que la sécurité des filles et des femmes ne relève pas que de leur responsabilité. On a beaucoup intégré dans nos comportements des stratégies d'évitement ou autre. Je pense qu'on ne parle pas assez du rôle des hommes et des garçons.  

Il faut aussi repenser nos rapports à la compétition et à la domination, présentes dans la manière dont on est éduqué ou dont on travaille, et dans la façon dont nous sommes vu·es comme performant·es ou efficaces. Si l’on fait un peu bouger ces rapports de domination et de performance, tout le monde peut en bénéficier. » 

  

Quel conseil donneriez-vous à une jeune femme qui débute dans l’ESS ? 

« Je n’en donnerais pas vraiment. Les nouvelles générations ont un autre rapport au féminisme et à leur place dans la société. Je leur fais entièrement confiance pour tracer leur propre voie. ». 

 

Quel message souhaitez-vous partager à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes ? 

« Un message concernant la question de l’ambition : accompagner les femmes pour qu’elles portent des projets plus vastes et surmontent le sentiment d’imposture et de ne pas être légitimes. » 

 

Contact

Anne Poterel Maisonneuve - apoterel-maisonneuve@cress-bretagne.org

Charlotte Fellman - cfellmann@cress-bretagne.org

 

Illustrations : Marie Stum

Contact

apoterel-maisonneuve@cress-bretagne.org

Structure associée

Qualifications

Structures (acteurs) : CAE 22

Profils cibles : Structure ESS Adhérent CRESS Salarié de l'ESS

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