Portraits de femmes engagées dans l’ESS : interview d’Hélène Cloître, présidente de l’association Séisme
“ L'ESS devrait être un terrain d'expérimentation pour un monde du travail plus juste et plus inclusif”.
En ce mois de mars, nous mettons en lumière des femmes qui entreprennent dans l’économie sociale et solidaire en Bretagne. Cette fois-ci, nous mettons les projecteurs sur Hélène Cloître. Elle est réalisatrice et productrice, fondatrice du forum Séisme, et présidente de l’association Séisme, adhérente à la Cress Bretagne.
Je m'appelle Hélène Cloître, je suis associée et gérante d'une SCOP qui s'appelle Séisme Productions. Je suis également présidente d'une association qui s'appelle Séisme.
« Je suis diplômée d'une école de commerce. J'ai commencé à travailler en tant que commerciale après mes études mais j'ai vite senti une dissonance cognitive entre mes valeurs et mon travail au quotidien. J'ai donc décidé de démissionner pour pouvoir trouver un travail plus aligné avec mes valeurs personnelles.
Dans ce cadre-là, avec Arthur Gosset, nous avons souhaité réaliser un documentaire qui s’appelle “Rupture” et qui parle des jeunes qui font des grandes écoles et qui décident de bifurquer à la fin de leurs études. J’ai été suivie dans ce documentaire mais j’ai également été co-autrice et distributrice. Nous avons fait une tournée de deux ans avec 900 projections, nous avons rencontré beaucoup de jeunes et nous nous sommes aperçu·es qu'il y avait une vraie attente de la part des jeunes de trouver des métiers qui répondent à leurs valeurs, qui soient alignées avec le bien commun, dans lequel ils et elles puissent se sentir utiles.
À la suite de cela, nous avons créé un événement annuel avec l'association SEISME : le Forum SEISME. Il vise à présenter, faire découvrir aux étudiant·es et aux jeunes, des professionnel·les engagé·es pour qu'ils et elles puissent s'inspirer à travers leurs parcours.
En plus de ce forum, un pôle pédagogique a vu le jour pour permettre aux lycéen·es de découvrir les métiers durables et de se questionner sur leur orientation.
Pour aller plus loin dans notre démarche, nous avons sorti un deuxième documentaire qui s'appelle « Éclaireurs », et qui parle des salarié·es dans les organisations, qui transforment leur métier pour le rendre plus durable face aux enjeux écologiques.” ».
Selon toi, quelle est la place de la femme dans l'ESS de nos jours ?
“En tant que recruteuse, je me rends compte que nous recevons plus de candidatures de femmes que de candidatures d'hommes. On sent que c'est un sujet qui mobilise beaucoup les femmes. On voit aussi que dans les écoles spécialisées sur les enjeux de transition écologique et sociale, on a plus de femmes.
Cependant, je pense que c'est essentiel de garder une parité, de s'assurer que l’ESS ne soit pas qu’un sujet de femmes, et que ce soit un sujet rassembleur. C’est aussi important de faire attention à ne pas reproduire les inégalités qu'on trouve dans l'économie classique.”
As-tu rencontré des obstacles spécifiques en tant que femme sur ton parcours professionnel ?
“Je dirais que ce qui a été le plus difficile pour moi, c’est le lancement de l'association. Au démarrage, je travaillais en binôme avec le réalisateur de Rupture. Sur ce premier film, j'étais co-autrice et distributrice mais surtout protagoniste. Lorsque nous intervenions en conférence post-projection, les questions étaient davantage ciblées sur le réalisateur que sur moi. Cela a été difficile de me positionner par rapport à lui.
Sur notre deuxième documentaire, comme nous sommes tous les deux co-réalisateur·ices, je le ressens beaucoup moins. Mais pour autant, cela arrive encore - et c'est arrivé pas plus tard que le mois dernier - que les gens disent, en parlant du documentaire “Éclaireurs”, disent que c'est le film d'Arthur Gosset. Cela demande toujours à se battre, donc oui, je peux ressentir que le fait d'être une femme, cela demande de s'imposer parfois un peu plus.”
Est-ce que tu t'es déjà dit, là, à l'heure actuelle, je me sens à ma place ?
« Aujourd'hui, je me sens carrément à ma place. Je pense que beaucoup de choses dont j'ai besoin dans ma vie professionnelle pour me sentir épanouie, je les ai. Notamment le fait de travailler dans un environnement propice, avec des gens sympas, sur une thématique que je trouve intéressante et importante, qui m'anime vraiment et en laquelle je crois. Je crois vraiment que la transformation du monde du travail face au défi écologique, c'est un sujet important, cela m'anime. J'ai des missions qui sont variées, je rencontre du monde. Les sujets sur lesquels nous intervenons aujourd'hui sont des sujets sur lesquels je me sens légitime parce que nous y avons beaucoup travaillé. »
De quoi es-tu la plus fière dans ton parcours ESS ?
« D'avoir intégré l'économie sociale et solidaire (ESS). D'avoir réussi à sortir de l'économie classique, ce qui voulait aussi dire renoncer à beaucoup de privilèges que j'avais, notamment de salaire, de conditions de travail, d'opportunités, d'évolution, de reconnaissance sociale auprès d'une majorité de personnes, et d'être capable à un moment de prioriser mes valeurs. »
L’économie sociale et solidaire (ESS) est souvent perçue comme un secteur porteur de valeurs progressistes. Est-elle vraiment épargnée par les problématiques de violences sexistes et sexuelles au travail ?
« Une étude sortie récemment montre qu’il existe un vrai problème au niveau des violences sexistes et sexuelles au travail (VSST), dans l'ESS, dans les associations. L'ESS n'est pas préservée de tout ça.
Quel conseil donnerais-tu à une jeune femme qui débute dans ton secteur et dans l'ESS ?
« Je lui dirais de ne pas se laisser marcher sur les pieds, de ne pas se laisser intimider par des gens qui sont là depuis plus longtemps ou qui ont l'air plus expert·es. Dire que tout le monde a sa place dans l'ESS, qu'on a besoin aussi de nouvelles personnes, et en particulier de nouvelles femmes. Que l’ESS c'est un secteur dans lequel on peut vraiment s'épanouir et trouver du sens. Peut-être que ça nécessitera de faire des concessions, mais on y gagne beaucoup d'autres choses. En particulier une fierté personnelle de se sentir contribuer au bien commun. »
Est-ce que tu aurais un dernier message à faire passer à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes ?
« Je dirais que l'ESS devrait être un terrain d'expérimentation pour un monde du travail plus juste et plus inclusif sur les droits des femmes. »



















