« Emparez-vous de l’ESS : c’est essentiel pour nos territoires » : témoignages d’acteurs publics et ESS du pays de Saint-Brieuc
L’ESS se positionne comme un partenaire clé des communes et intercommunalités pour construire ensemble des réponses aux enjeux économiques, de transition écologique, de cohésion sociale, et contribuer à faire de nos territoires des espaces dynamiques, résilients et plus robustes.
A Saint-Brieuc Armor Agglomération, le partenariat entre l’EPCI et les acteurs ESS a débouché sur la mise en place d’une stratégie ESS co-construite, pour le développement du territoire.
Regards croisés d’une collectivité et d’acteurs ESS du pays de Saint-Brieuc
Saint-Brieuc Armor Agglomération
- Bruno Beuzit - conseiller délégué à l’ESS
- Anaïs Bourgoin - Cheffe du service Insertion sociale et professionnelle
ESS Bretagne
- Laurence Falkenstein - Vice-présidente territoriale Côtes-d’Armor de la Cress Bretagne
- et Zoé Rouxel - Chargée de développement territorial ESS du Pays de Saint-Brieuc (ESS Armor / Rich’ESS).
Un éclairage particulier est apporté par Bruno Beuzit, également maire de Ploufragan, qui poursuit cet engagement en plaçant l’ESS au cœur du fonctionnement communal.
À cette occasion, il appelle les collectivités à s’emparer pleinement de l’économie sociale et solidaire, qu’il considère comme un levier essentiel pour renforcer l’emploi local et répondre aux besoins des territoires.
Retrouvez l’intégralité de l’entretien en vidéo :
Qui contacter ?
L’ESS bretonne se tient à disposition des élu·es locaux et technicien.nes pour travailler en partenariat, au service des habitant·e·s de la Bretagne. N’hésitez pas à contacter le pôle ESS de votre secteur : c’est votre interlocuteur pour découvrir et développer l’économie sociale et solidaire sur votre territoire.
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Transcription des témoignages
Bruno Beuzit : Conseiller délégué à l’économie sociale et solidaire ESS, maire de Ploufragan. 
Vous êtes élu délégué à l’ESS depuis le précédent mandat à Saint-Brieuc Armor Agglomération.
Pouvez-vous nous dire ce que cette expérience vous a apporté sur le précédent mandat et expliquer concrètement comment elle a influencé l’action de la collectivité, notamment à travers les projets menés, et l’impact pour le territoire et ses habitant·e·s ?
« Alors pour moi, ce n'était pas forcément une découverte puisque l'ESS, je l'avais déjà découverte lors du mandat précédent, dans le cadre du mandat que j'avais en tant que vice-président à l’insertion. Mais la volonté politique de la majorité, c'était vraiment de rattacher l'ESS à l'économie au niveau de la vice-présidence économie de l'agglomération. Et ça, c'était un vrai changement.
Donc ça nous a vraiment permis de travailler sur l'acculturation des élu·es et des personnels de l'agglomération sur ces questions de l'ESS, qui est souvent méconnue et pourtant tellement présente dans notre vie quotidienne.
Donc un vrai travail d'acculturation pour les élus de l'agglomération, pour les personnels de l'agglomération, mais aussi vers les 32 communes, leurs élu·es et leurs personnels, et également pour leur montrer comment l'ESS pouvait être une réponse aux problématiques quotidiennes qu'elles peuvent vivre sur leur territoire.».
Aujourd’hui, en tant que maire de Ploufragan, portez-vous toujours cette conviction ?
« Alors oui, effectivement. Finalement, cette expérience du mandat précédent nous a servi et, dans le programme que nous avons présenté aux Ploufraganaises et aux Ploufraganais, nous avons inscrit l'ESS, notamment au travers de la vie du tissu associatif de notre commune, qui est extrêmement développée.
Et donc, nous avons prévu, dès le début de ce mandat, d’organiser, sous forme de forum peut-être, la réunion de l'ensemble des associations, tous secteurs confondus de la commune, pour travailler ensemble sur la manière dont elles pourraient mieux coopérer, partager des expériences et des moyens.
Donc on va axer l'ESS au cœur de notre fonctionnement communal.»
Quel message ou conseil donneriez-vous à d’autres maires ou élu·es en Bretagne ?
« On cherche souvent, au niveau des élus, à développer nos territoires, à travailler sur le développement de l'emploi, sur l'économie, et le travail sur l'ESS peut être une véritable réponse à cette question de l'emploi non délocalisable et au développement de nouvelles valeurs sur nos territoires.
Donc emparez-vous de l'ESS, c'est essentiel.».
Laurence Falkenstein : Codirectrice de la CAE Avant-Premières et vice-présidente territoriale Côtes-d’Armor à la Cress Bretagne.

L’ESS étant une alliée naturelle des collectivités dans le développement de nos territoires, en votre qualité de vice-présidente territoriale de la Cress Bretagne, pourquoi vous semble-t-il important d’avoir une délégation à l’économie sociale et solidaire dans la collectivité locale ?
« Je pense que l’ESS est vraiment un allié important des collectivités pour deux raisons :
La première raison, c’est que je pense que les structures ESS permettent vraiment de sentir l’énergie et les besoins du territoire. C’est-à-dire qu’on a beaucoup de structures qui sont très implantées localement, qui sont implantées depuis longtemps dans les territoires et qui connaissent très bien les besoins des habitants et des habitantes sur de nombreux secteurs : la santé, la solidarité, la transition écologique, les mobilités. Et que, du coup, ces structures sont vraiment en capacité de faire remonter des besoins du territoire auprès des élu·es des communes ou des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI).
Et puis je pense aussi que ces structures de l’ESS ont un projet commun avec les communes et les EPCI, puisque ce sont des structures qui partagent une vision d’intérêt général avec les communes et les EPCI. Ce sont des structures qui sont organisées sur un principe de citoyenneté, de démocratie interne, avec des principes ‘’une personne, une voix ‘’ qui sont très proches de ce que vivent les communes et les EPCI. Et donc, ce fonctionnement partagé et parallèle fait qu’on peut mieux identifier les besoins.
La deuxième chose pour laquelle je pense que les élu·es peuvent s’appuyer sur les structures de l’ESS, c’est pour la mise en place des actions.
Parce qu’on a des structures qui sont très opérationnelles, qui sont organisées en interne et qui ont des capacités d’action de manière très transversale sur l’ensemble des champs de compétences des communes ou des EPCI. Et que, du coup, ce sont des outils de mise en œuvre des politiques publiques qui sont vraiment opérants et efficaces tout de suite. ».
Quels sont les premiers leviers concrets que vous recommandez à une commune ou un EPCI qui souhaite s’engager dans cette démarche ?
« Il y a tout un éventail d’actions qui peut être mis en place auprès d’une commune ou d’un EPCI pour accompagner le développement de l’économie sociale et solidaire sur le territoire.
Ça peut aller de la découverte de l’ESS auprès des élu·es, des sensibilisations via des conférences, via des visites inspirantes de ce qui se fait sur le territoire ou ailleurs. Quand on veut essaimer un nouveau projet, ça peut être aussi la mise en place de kits de découverte de l’ESS pour les nouveaux élu·es.
Et puis après, pour aller un peu plus loin dans la démarche, ça peut être réfléchir à la mise en place d’un plan d’action annuel ou pluriannuel pour développer les politiques publiques en s’appuyant sur les structures ESS locales. Il y a notamment des choses qui peuvent être travaillées au niveau des stratégies foncières que portent les communes via le plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) ou via les stratégies et politiques d’urbanisme.».
Anaïs Bourgoin : Cheffe du service Insertion sociale et professionnelle à Saint-Brieuc Armor Agglomération. Elle a coordonné, pour l’agglomération et en lien avec Rich’ESS, les actions du programme « Territoires ambassadeurs de l’ESS », visant à sensibiliser élus et techniciens à l’ESS.

Comment s’est passée la mise en place de la politique ESS dans la collectivité, et quel rôle jouent les services et équipes techniques dans le déploiement de l’ESS sur votre territoire ?
« Mon lien avec l’ESS, c'est d'abord que j'ai une formation, donc un master en économie sociale et solidaire. Le service que je pilote porte une partie de la politique ESS de l'agglomération, notamment l'acculturation des élu·es et des technicien·nes, ainsi que le financement de projets, plutôt orienté vers l'innovation sociale.
À l'occasion du mandat 2020-2026, le vice-président en charge de l'économie et de l'emploi a souhaité nommer un élu délégué à l'ESS, afin que cette politique soit portée spécifiquement à l’échelle de l’agglomération. Dès le départ, le choix a été fait d’en faire une politique transversale : bien qu’inscrite dans la direction économique, elle a vocation à irriguer l’ensemble des services et des directions.
Au niveau technique, cette transversalité se traduit par une mobilisation de plusieurs services : le service emploi, qui travaille sur l’acculturation et le soutien aux projets d’innovation sociale, et le service entreprise, qui accompagne les porteurs de projets ESS.
La direction du développement économique porte également une mission dédiée à l’économie circulaire. Par ailleurs, chaque direction dispose de techniciens référents ESS, en fonction de leurs domaines d’expertise (réemploi des matériaux, mobilité, alimentation, etc.).
Ainsi, chaque direction intègre une dimension ESS, avec des agents formés en lien avec le pôle d’économie sociale et solidaire. Cela permet de déployer une politique réellement transversale, présente dans l’ensemble des thématiques et des politiques publiques de l’agglomération. ».
Pouvez-vous donner un exemple d’action ou de projet ESS qui illustre concrètement la collaboration entre élu·es et services techniques sur votre territoire ?
« Alors je vais citer deux projets qui permettent d'illustrer la collaboration entre un élu et les techniciens de l'agglomération.
Le premier, c'est le projet « territoire zéro chômeur de longue durée », sur lequel Monsieur Beuzit, élu à l’ESS, est coprésident de l’instance de cette expérimentation. Sa présence et son engagement sur l'ESS nous ont permis de développer, au sein de l’entreprise à but d’emploi, qui est le partenaire principal de cette expérimentation, des activités économiques en lien avec l’économie circulaire.
C'est-à-dire que c'est une structure d'insertion, mais qui ne développe que des activités en lien avec l'économie circulaire : le surcyclage textile, la transformation de dons alimentaires, le maraîchage bio, mais aussi la transformation pour les cuisines centrales, ainsi qu’un volet de petites activités en lien avec la menuiserie, toujours en lien avec l'économie circulaire.
Donc ça, c'est le premier projet. Sans l'engagement de Monsieur Beuzit et de l'agglomération sur les sujets d'ESS et d'économie circulaire, sans doute que nous ne serions pas allés vers ce type d'activités économiques.
Le deuxième, c’est que l'agglomération est (ou était jusqu’à fin 2025) labellisée « territoire économe en ressources », avec une boucle et un cycle de travail autour du réemploi sous toutes ses formes : textile, bois, etc. Ce programme était porté politiquement par notre élu délégué à l'ESS.
Par exemple, il a permis de créer un groupement d'acteurs, une coopération autour du réemploi textile, engageant des entreprises, des artisans et des structures d'insertion sur la collecte et le tri. Ils ont coopéré pour créer une filière locale vertueuse sur le recyclage du textile, ainsi qu’un événement de sensibilisation du grand public au gaspillage et à la consommation textile.
Donc ça, c'est une vraie réussite, puisque cela a permis de créer un véritable groupe d'acteurs, une véritable filière qui, aujourd'hui, après la fin du programme, perdure. Nous continuons à travailler sur l'écologie industrielle territoriale, en lien notamment avec cette filière. ».
Zoé Rouxel : Chargée de développement territorial ESS sur le Pays de Saint-Brieuc (Rich’ESS). Elle coordonne les actions du programme « Territoires ambassadeurs de l’ESS » depuis septembre 2023.

Comment décririez-vous aujourd’hui la dynamique de l’ESS sur le territoire de Saint-Brieuc Armor Agglomération ?
« Aujourd'hui, je dirais que la dynamique ESS sur le territoire de Saint-Brieuc Armor Agglomération, elle est d'abord visible, et puis elle est aussi nécessaire. C'est une composante avec laquelle on doit faire.
Tout d'abord, puisque l'on considère aujourd'hui que l'ESS n'est plus un secteur à part entière, mais bien un acteur du développement territorial. La preuve : ici, (ndlr : les locaux dans lesquels l’entretien a eu lieu) on se trouve dans les locaux du totem de la baie de Saint-Brieuc, dans lesquels les acteurs de l'innovation sociale comme l'ESS peuvent venir porter leurs projets et aussi développer leurs entreprises.
Concrètement, l'ESS sur le territoire de Saint-Brieuc Armor Agglomération, c'est près de 18 % de l'emploi privé. Donc c'est autant d'acteurs et d'emplois qui font que l'on peut répondre concrètement aux besoins sociaux, aux besoins écologiques et économiques du territoire.».
En quoi le programme “Territoires ambassadeurs de l’ESS” a-t-il contribué à faire évoluer les pratiques ou les perceptions ?
« Le programme “Territoires ambassadeurs de l'ESS”, il a permis de poser des repères communs en faisant culture commune autour de l'ESS, que ce soit auprès des élu·e·s de la collectivité, mais aussi des agents qui travaillent déjà opérationnellement avec l'économie sociale et solidaire.
Donc, à travers des ateliers, des conférences, des visites, ces ateliers, ces conférences et ces visites ont permis de poser des repères communs et de voir à quel moment l'ESS intervenait dans le développement local.
Et puis on peut aussi se dire que, du coup, désormais, on ne peut pas faire sans l'économie sociale et solidaire, tant elle est intégrée ou partie prenante des politiques publiques développées sur Saint-Brieuc Armor Agglomération.».
Selon vous, qu’est-ce qui fait qu’un territoire réussit à développer une véritable dynamique ESS ?
« Il y a plusieurs ingrédients pour qu'une dynamique ESS soit intégrée sur un territoire.
Tout d'abord, ça passe par la reconnaissance des acteur·trice·s : pouvoir reconnaître les têtes de réseau de l'économie sociale et solidaire et ainsi savoir qui la compose en tant que structures.
C'est aussi une dynamique d'accompagnement : se dire que les acteurs de l'ESS vont avoir besoin d'une stratégie, d'une politique ESS pour pouvoir se développer et continuer à être accompagnés pour faire face aux besoins du territoire.
Et puis, ce sont des éléments de coopération aussi qui vont pouvoir être mis en place par les acteurs, notamment par les collectivités territoriales, pour continuer à faire en sorte que l'ESS soit intégrée, partie prenante du développement local, au même titre que des acteurs classiques.»
Contact régional
Émilie Besnier - Responsable Vie fédérative et Affaires publiques


















